Demain_ClermontJ'ai reçu hier, dans ma boîte aux lettres, la « Pravda clermontoise », autrement dit le magazine municipal Demain Clermont du mois de novembre. D’habitude, je balance directement à la poubelle ce tissu de dithyrambes ininterrompues à la gloire de nos élus de gauche. Mais comme j’étais d’humeur bienveillante ce jour-là, je l’ai un peu examiné de près. Et je suis passé de l’ombre à la lumière car ce magazine en dit long, très long sur les idéologies de la gauche du XXIème siècle et leurs applications dont nos édiles locaux sont les meilleurs artisans qui soient.

Evidemment, il n’y a dans ces cinquante six pages en papier glacé aucun sujet qui fâche. On n’y trouve même plus rien sur le tramway depuis que l’on sait quel gouffre financier s’ouvre devant ses rails. Rien non plus sur l’inflation des tags sur nos immeubles publics et sur l’insécurité au centre ville. Non, qui ouvre les pages de Demain Clermont, lit un conte de fées, qui nous parle d’un pays où coulent le lait et le miel, le pays du brave papa Serge si bon, si attentif aux difficultés et aux misères du peuple sur lequel dame démocratie l’a chargé de veiller.

C’est d’ailleurs le problème : aucun d’entre nous, quel que soit son âge, son sexe, son statut n’échappe à la vigilance, à la tutelle de cette équipe formidable réélue en 2008. Ici, ce sont les jeunes, dont le transfuge du « Transfo », Simon Pourret chargé de leur animation, veut la réussite. Quelques réunions préparatoires ayant montré que nos lycéens « expriment un sentiment d’abandon », nos nounous communales se précipitent à leur secours. C’est nous qu’on est le Bien !

Là, le gentil organisateur, adjoint à la vie associative, se penche sur la déclaration universelle des droits de l’homme, dont le soixantième anniversaire va être l’occasion de « chanter, célébrer et acter » ( ?!) cette déclaration. On nous apprend à ce sujet que « la ville de Clermont-Ferrand a choisi d’être exemplaire ». Nous n’en avions jamais douté. C’est pourquoi il y aura à cette occasion des concerts en veux-tu en voilà pour fêter la chose. L’homo festivus, fort bien décrit par Philippe Muray, est toujours prêt à sortir, tel un diable, de sa boîte. Avec son éternel côté donneur de leçons de morale et flic aux aguets puisque, nous dit-on, « chaque territoire, chaque collectivité, doit veiller à ce qu’elle (la déclaration des droits de l’homme) soit respectée » et surtout, le ventre de la bête immonde demeurant toujours fécond aux yeux de nos socio-saints, « il nous faut, dans le contexte politique actuel, (c’est moi qui surligne) être encore plus vigilants en instituant un travail collaboratif entre la ville, les associations qui se battent au quotidien pour l’accès aux droits ». Traduisons cette langue de bois : la police de la pensée et ses soviets locaux de salut public ne veulent voir aucune tête qui dépasse, aucune parole qui dérape, aucune réflexion subversive. Nous voilà prévenus. Et que l’on chante ! Et que l’on se pâme quand les concerts durent, scrogneugneu !

Quant à nos descendants, c’est Dominique Adenot qui s’en occupe au SEPAC. Ce sigle barbare cache un machin administratif qui « imagine aujourd’hui » notre cadre de vie dans quinze ans, dans la zone du Grand Clermont. Soixante dix huit notables se penchent sur ce bébé. Echaudés par les belles réalisations socialistes passées et présentes qui ont défiguré notre ville, fait plonger ses finances et exploser les impôts, de nombreux Clermontois sont inquiets: quels projets cauchemardesques vont encore sortir des cerveaux échauffés de nos ingénieurs polymorphes ? Et si, nous dit-on, M. Adenot « ne cache pas son grand bonheur d’animer les débats du Grand Clermont », nos compatriotes, eux, ne cachent pas leurs craintes, sachant que, souvent, le bonheur des uns ne fait pas celui des autres.

La vieillesse, pensez-vous, est bien heureuse qui échappe à cette démangeaison interventionniste et festive de nos Saint-Just déguisés en père Noël ? Que nenni ! Car, nous apprend-on, « les agents du service de maintien à domicile signalent (toute) situation d’isolement. »  Et à partir de là, la machine se met en place : un « animateur » s’occupe de la mamy, ou du papy, solitaire : détection des besoins, proposition d’activité, prise en charge du déplacement vers le lieu de la dite activité en mini bus. Vous me direz que s’isoler chez soi n’est pas une bonne chose pour une personne âgée et que la faire rencontrer du monde et s’activer ne peut lui faire que le plus grand bien. Certes, mais cette prise en charge systématique de nos vieux par les soldats de l’animation tous azimuts, cette idée fixe de vouloir que chacun d’entre eux, comme d’ailleurs chacun d’entre nous, soit sans arrêt projeté en dehors de lui-même, soit sommé, l’épée dans les reins, de participer à « la mixité sociale », laïque, gratuite, socialiste et obligatoire, a un côté totalitaire que je ne peux admettre. Et si nos anciens veulent finir leurs jours loin du bruit et de la fureur du « tout sociétal » ? Et s’ils préfèrent rester chez eux afin de prier pour le salut de leur âme, tricoter pour leurs petits enfants, méditer sur la décadence du monde moderne ou relire le Comte de Monte Cristo ? Doivent-ils attendre la mort pour être enfin délivrés de l’emprise des hordes de « Gog et Démagog » ?

Seules ont échappé, l’espace d’un instant, à cette furia festive, nos chères têtes blondes. Curieusement la municipalité clermontoise leur a refusé une légitime journée d’animation dans leur école, jeudi dernier, quand leurs professeurs s’éclataient dans leur théâtre de rue rituel. La cause, je crois, vient de ce que la chose était imposée par un gouvernement honni par nos belles âmes. Ce sont elles qui décident à quelle fête nous devons participer et non pas les ministres de droite ; pas plus d’ailleurs que les parents d’élèves.

SW

J’ai noté, dans ce même numéro de Demain Clermont, l’absence d’expression, en Tribune libre, des élus clermontois du MODEM. S’ils affichent leurs belles têtes, leur opinion à propos de la politique municipale, de ses dérapages financiers nous est inconnue. Peut-être n’ont-ils rien à en dire ? Leurs électeurs apprécieront.