le_retour_du_mousquetaireIl fut longtemps ignoré, méprisé par les beaux esprits qui l’enfermèrent dans la catégorie des écrivains pour enfants. Les enfants, c’étaient précisément ces cuistres qui le traitaient de haut. Heureusement, depuis peu, les éditeurs recherchent et publient ses œuvres injustement oubliées, le public le redécouvre et même, certains étudiants n’hésitent plus à braver le littérairement correct et prennent ses écrits comme sujet de mémoire, peut être demain, de thèse. Le géant sort du purgatoire, le phoenix renaît de ses cendres, le mousquetaire est enfin de retour, Alexandre Dumas est à l’honneur dans toutes les librairies.

Baguenaudant mercredi dernier à la Librairie des Volcans à Clermont-Ferrand, je tombe, dès l’entrée, sur le premier présentoir, devant un bouquet de fleurs littéraires. Dumas père s’expose dans la trilogie : Les Blancs et les Bleus, Les Compagnons de Jehu, Le Chevalier de Sainte-Hermine, récit historique au temps de la Révolution française. Deux grandes maisons se sont disputé l’honneur de rééditer cette somme livresque : France Empire et Phébus, la première offrant même une version non censurée ( quel monstre avait osé censurer Dumas ?).

On y  trouve aussi Acté, un roman situé dans l’antiquité qui nous conte l’histoire d’une belle jeune femme partagée entre son amour pour Dieu et son amour pour… Néron.

Plus loin, une pure merveille : Isaac Laquedem, le roman du juif errant, œuvre inachevée, épopée eschatologique peu connue que Les Belles lettres rééditent pour la première fois depuis les années cinquante.

En visitant le site internet consacré à l’auteur : j’apprends que le même éditeur a repris Horace, roman à la gloire du poète latin du premier siècle avant Jésus-Christ, que Les frères Corses paraissent aux Editions de l’Aube, que certaines pièces de théâtre sont aussi offertes au grand public. Et voilà les japonais qui transposent en dessin animé Le Comte de Monte-Cristo !

Que se passe -t-il donc ? Quel vent nouveau souffle dans les têtes pour que nos compatriotes –et les autres- veuillent retrouver, à travers l’œuvre du génial Alexandre, le sens de l’épique, les vertus telles l’honneur, le courage, la loyauté, le sens du devoir mais aussi, comme le dit un admirateur dans le livre d’or du site : «  la passion de lire, d'apprendre, de comprendre les hommes et leurs faits, de comprendre l'Histoire, de comprendre la société. »
« Dans la brousse africaine et sous les baobabs, il était pour nous le mousquetaire de la littérature française. » avoue un fan du Burkina Faso. Et d’autres :« Avec lui, nous nous évadons dans un Rêve qui dure depuis l'enfance. C'est le symbole de la Liberté. » « Vive Alexandre Dumas et vive la France et la langue française qui produisent de tels génies. »

Notre espoir dans un renouveau de la France se nourrit de ces changements-là, infimes mais perceptibles à ceux qui ont des yeux pour voir. Les héros des œuvres d’Alexandre Dumas redeviennent des modèles pour certains de nos contemporains. Ses écrits apparaissent comme des sources auxquelles vont boire ceux qui aiment la belle et noble littérature française. Tandis que sur la scène de nos turpitudes s’agitent les bouffons, les vrais artistes, dans leurs loges, préparent leur entrée afin de jouer une pièce lumineuse, destinée à chasser le détestable théâtre d’ombres qui nous indispose depuis trop longtemps.

Serge Weidmann

La photo retraitée est extraite du film : « Les trois mousquetaires » de George Sidney.