L'incinérateur de Clermont: Entre passions et technologie
Le 22 décembre, l'enquête publique sur le Pôle de valorisation Vernea sera close. Les trois commissaires enquêteurs remettront ensuite leur rapport avec avis motivé au Préfet de Région qui décidera enfin de la suite à donner au projet du VALTOM.
Avons-nous été, nous autres citoyens de l'agglomération clermontoise correctement informés sur ce projet, que nous finançons avec nos impôts? Nous avons plutôt été désinformés, notamment par le charivari de la gauche socialo-écolo-gaucho du Conseil municipal de la capitale auvergnate.
Alors écoutons les experts, lisons les dossiers, consultons les sites internet, interrogeons-les pour et les contre. Et que voyons-nous? Que le projet Vernea, confié en délégation de service public à la société Novergie (Suez), traitera globalement et en cohérence, à la fois, la prévention des déchets, leur tri et leur traitement dont l'incinération qui est une phase importante mais non unique de cette chaîne.
L'avenir doit donner priorité à la réduction des déchets, dont la prise de conscience et, surtout, la mise en œuvre sont l'affaire de tous. Pour cela, l'échelon local a un rôle prépondérant à jouer. Il faudra aussi recycler davantage tout ce qui est verre, papier, plastique.. Cette opération a un coût qui, sur le marché, n'est pas forcément rentable. D'où, à mon avis, ses limites. Mais avec 17% de déchets recyclés actuellement, on peut certainement mieux faire.
Reste à traiter le problème qui soulève controverses et polémiques, ce que certains de nos élégants édiles nomment "l'usine à dyoxines" ou "la poubelle de Clermont". Appellations peu ragoûtantes, destinées à frapper la sensibilité du public, à lui faire peur, pas à l'informer sur l'incinérateur; car c'est de lui dont il s'agit.
Disons tout de suite que les incinérateurs en 2006, ne ressemblent en rien à ceux des années 1970-1980. Aujourd'hui, les progrès techniques, les normes environnementales très strictes avec leurs exigences rigoureuses dans la prévision, la réalisation, les contrôles et l'information du public ont changé la donne. La société Novergie, pressentie pour œuvrer à Beaulieu, a obtenu, pour la moitié de ses sites, une certification dans les normes environnementales ISO 14001, procédure qu'elle étend, petit à petit à tous les autres. Elle subit, comme beaucoup d'entreprises concernées, les contrôles de l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), qui produit d'intéressants rapports sur les taux de dyoxines à proximité des incinérateurs et les probabilités d'apparitions de cancers dans leur périmètre. Ces rapports ne montrent aucune corrélation positive à proximité des sites modernes "aux normes, mieux contrôlés et moins polluants".
Sans incinérateur, qui brûle les déchets non recyclés, détruit les agents pathogènes contenus dans ces derniers, récupère la chaleur et la valorise, et, bien sûr, traite les fumées, que fait-on de ces déchets? On les enfouit dans une décharge. Solution provisoire et qui n'est pas sans risques. La France, mauvaise élève de l'Europe dans ce domaine où elle traîne les pieds, souhaiterait prolonger encore leur utilisation au-delà des délais fixés, jusqu'à ce qu'une solution miracle apparaisse dans le proche avenir. Cinq ans? Voilà qui arrangerait bien la carrière politique de Monsieur Godard. Et après? Et puis ces décharges ne sont pas des zones neutres, elles aussi peuvent polluer le sol, l'air et l'eau. Par exemple, un orage particulièrement violent s'abattant sur l'agglomération, donc sur l'actuelle décharge, pourrait avoir comme conséquence d'entraîner des substances polluantes dans la nappe qui alimente l'Allier. Nos cités se retrouveraient sans eau potable pendant un certain temps. Les buveurs d'eau, malades, pourraient alors utilement consulter le docteur Laffont, l'irréductible opposant à l'incinérateur.
L'incinérateur du VALTOM n'a –t-il donc rien à se reprocher? Des avis nombreux venant d'horizons différents mettent en avant: son sur-dimensionnement. Or, la population du département, projections de l'INSEE à l'appui, ne devrait pas augmenter significativement dans les années à venir. A moins que le programme de la majorité du Conseil régional: faire venir des populations extérieures en Auvergne, se réalise un jour. Observant sa gestion depuis quelques années, je crois pouvoir prophétiser qu' on n'en prend pas le chemin.
Côté coûts, il est vraisemblable que la facture sera lourde pour le contribuable; l'incinération avec ses contraintes écologiques revient cher. Mais tout calcul est problématique –ce que je déplore- et, actuellement, les opposants se renvoient des chiffres prévisionnels dont la fourchette oscille entre 70 euros et 108,03 euros (appréciez les décimales!) la tonne, hors taxes sur 10 ans. Le coût de l'investissement serait passé de 130 à plus de 142 millions d'euros; les plus pessimistes ( c'est à dire les opposants) l'estiment à 170 millions d'euros.
Si le Préfet dit oui au pôle Vernea, la catastrophe attendue par les opposants ne se produira pas. Il faudra cependant rester vigilants et surveiller la marche de l'ensemble, techniquement et financièrement. Et je le dis avec d'autant plus de force que je fais partie de ceux qui respirent l'air du coin et qui règlent les factures.
Serge Weidmann
Quelques sites:
Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Incinérateur_de_déchets
Site d' Odile Saugues: www.odile-saugues.org
Institut de veille sanitaire: www.invs.sante.fr
VALTOM: www.valtom63.fr
Novergie: www.novergie.fr
Non aux incinérateurs: http://incinerateur.non.free.fr