Le tramway clermontois et l'enjoliveur maudit
Ce qui manque au tramway clermontois, ce sont des voitures-balai. Hélas, ce n’était pas prévu dans le projet Translohr.
Je ne parle pas de ces véhicules que l’on peut apercevoir en queue de courses cyclistes et qui ramassent traînards, éclopés, accidentés en tous genres et matériel cassé. Non, je parle d’une voiture qui aurait un système de balayage à l’avant, ou d’aspiration, permettant de dégager le rail de tout objet pouvant empêcher sa progression ou provoquer son déraillement. Faute d’y avoir pensé, Serge Godard va devoir mobiliser, vingt quatre heures sur vingt quatre ou presque, ses balayeurs municipaux.
Tout tramway moderne connaît ses aléas lors de sa mise en circulation. On se souvient des ennuis à Nancy et à Bordeaux. Ils sont dûs, le plus souvent, aux nouvelles techniques mises en œuvre, dont il faut essuyer les plâtres, apporter des correctifs, des ajustements avant que le système soit entièrement fiable. Celui qui a dit : «Nous sommes passés de la civilisation de la peine à celle de la panne» a énoncé une vérité première.
Mais, à Clermont-Ferrand, le problème est différent. C’est un morceau d’enjoliveur d’automobile, resté coincé dans le rail, après un accident de la circulation, qui a fait dérailler la première voiture du tramway. Cela signifie que tout objet projeté accidentellement par des voitures qui passent pourra, de nouveau, être fatal au bon fonctionnement de la première rame qui se présentera, sans parler des imprudences, toujours possibles et non prévisibles, voire des malveillances.
Les conducteurs font valoir leur droit de retrait, c’est à dire, refusent de se mettre aux commandes des rames. Si un simple débris d’enjoliveur peut faire dérailler le grand jouet de leur maire, les accidents risquent de se succéder car les rails ne sont pas isolés du monde extérieur.
Problème grave quand on y pense. C’est le grain de sable qui enraille la belle machine que, nous disait «Sa Majesté le Maire», l’Europe entière, si ce n’est le monde, nous enviait. «Putain» d’enjoliveur ! Comme toujours, la modeste mais cruelle réalité va ramener sur terre édiles et responsables du SMTC (1), qui planaient, depuis des mois, sur un nuage de félicité, en pleine euphorie, dans le monde imaginaire de «grands» enfants qui, à l’instar de Pinocchio, se croyaient transportés (c’est le mot) dans l’île aux plaisirs. C’est la rude mais nécessaire leçon des choses de la vie. La condition des tramways, comme celle des hommes, est tragique.
Serge Weidmann
(1) Syndicat Mixte des Transports en Commun de l’agglomération clermontoise