Présidentielles 2007: Le courage ou le chaos
Je réponds aujourd’hui un peu longuement-mais s’agit-il d’une réponse ou d’une analyse ?- aux commentaires de mon article «Jean-Marie es-tu là ?» du 24 septembre 2006.
La présidentielle de 2007 peut-elle être celle du chaos républicain ? Je le crois assez pour avoir publié dans Vent d’Auvergne, le 9 juin 2005, une étude faite par Jean-Dominique Lafay sous le titre : «Présidentielles 2007 : Et si le pire arrivait ?». J’y renvoie mes lecteurs.
Mais, le pire n’est jamais sûr, heureusement, et nous pouvons éviter tout scénario catastrophe. A quelles conditions ? A condition de rompre avec les discours lénifiants, la langue de bois, les «politichienneries» et les mesures démagogiques. Charles Pasqua avait coutume de dire : «Ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’avenir de la gauche, ce n’est pas l’avenir de la droite, c’est l’avenir de la France». Je suis de son avis et j’ajouterai : l’avenir des Français.
Certes, actuellement, comme toujours, car elle ne sait plus faire que cela, la «sous culture journalistique», pour parler comme Jean-Edern Hallier, nous tricote son film présidentiel, croyant sans doute que les demeurés, qu’elle croit que nous sommes, vont s’y laisser prendre. Ses manoeuvriers ont oublié 2002, pas votre serviteur. Pas les Français dans leur ensemble non plus qui ne sont pas dupes car, eux, vivent la vie chère, les salaires modestes et qui le restent, les impôts injustes, le chômage du mari, du fils ou de la fille, le coût du logement, quand ils en trouvent un, les galères en tous genres. Le show bizz médiatique, qui montre ses belles dents blanches et le reste devant nos lucarnes, ne connaît pas les fins de mois difficiles. Il ferait mieux, à l’heure actuelle, de marcher à l’ombre.
Les Français savent que des hommes lucides, à la Cour des Comptes, dans des revues, dans des sites internet, dans des livres, ont décrit et analysé, depuis des années, le mal français. Ils savent que leurs élus n’ont pas pris suffisamment en compte la réalité de ce mal, qui prend des formes diverses comme les têtes d’un Hydre de Lerne : dette abyssale de la France, naufrage de la Sécu, déficit démographique, immigration incontrôlée, réglementations paralysantes, prélèvements obligatoires exorbitants et injustes (ah, l’ISF, tabou auquel personne ne veut toucher !), éducation nationale qui n’éduque plus et apprend peu, mondialisation qui ne nous attend pas, pour n’en citer que quelques unes. Ils savent que les politiciens savent tout cela, aussi bien qu’eux, mais qu’ils manquent de courage et, qu’en terme d’idées à la mode, c’est l’extrème gauche qui donne le la, que la gauche suit l’extrème gauche et qu’une partie de la droite suit la gauche. Et, quand elle ne suit pas assez, on descend dans la rue pour activer le mouvement. Aussi, les Français se sentent floués. Ils savent aussi qu’il n’y a plus de général de brigade à titre temporaire à Colombey-les-deux Eglises pour venir mettre un peu d’ordre dans ce bourbier national et ils ont peur de l’avenir pour eux, pour leurs proches et pour leur pays.
Alors lorsqu’on me dit, à gauche, qu’il faut «débattre», je réponds qu’on se moque du monde. Nos maux sont archi-connus, les solutions qui réussissent ont été mises en œuvre en Angleterre, en Espagne, en Irlande. Pas en France où, faire une politique libérale, parce que c’est cela et cela seul qui marche, c’est risquer de se retrouver en enfer. Et bien les hommes et femmes qui créent, innovent, se battent dans les entreprises pour assurer le développement de la France, malgré toutes les barrières dressées devant eux, les commerçants écrasés d’impôts et méprisés par les édiles socialisants, les techniciens, ingénieurs, chercheurs qui travaillent quarante cinq heures par semaine ou plus pour que la France reste à flots, devront se mobiliser et amener leurs hommes politiques au libéralisme, à coups de pieds dans le derrière, si c’est la seule façon pour qu’ils y aillent.
Du courage, encore du courage, toujours du courage ! Telle devrait être la devise de nos candidats les plus en vue à l’élection présidentielle. Ils doivent sortir des sentiers battus et rebattus par leur famille politique. Nicolas Sarkozy devra relire les bouquins d’Hayek : il y trouvera d’excellents renforts pour sortir la France de «la route de la servitude». Ségolène Royal devra oublier les cris de vierges effarouchées poussés par ses troupes quand elle fait l’éloge de Tony Blair. S’ils veulent éviter un duel Le Pen-Bové ou Besancenot au second tour, tous deux devront franchir le rubicon politicien qui les sépare encore de la réalité, parler vrai et penser à la France et aux Français, d’abord.
Serge Weidmann