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Vent d'Auvergne
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28 mai 2006

Edouard Michelin: un libéral nous quitte

edouard_michelin_un_lib_ral_nous_quitte1Rendre hommage à Edouard Michelin, mort noyé en mer, c’est rendre hommage à un homme qui fut l’incarnation du libéralisme dans ce qu’il a de plus humaniste, de plus performant et de plus noble, à la fois pour l’entreprise, la société et les hommes. Edouard Michelin n’avait pas besoin de se revendiquer comme tel pour l’être, il lui suffisait d’agir pour que chacun put s’en rendre compte. Mais sa valeur venait de loin. Son éducation familiale d’abord, construite autour d’une discipline faite de travail, de respect des autres, et d’une préparation à la mission entrepreneuriale qui l’attendait à l’âge adulte. Ses études, ensuite, qui en firent un ingénieur de l’Ecole Centrale. A ce sujet, ceux qui pensent que, seule, l’ENA forme à la fonction de chef d’entreprise, feraient bien de suivre un stage de reconversion intellectuelle. Son expérience enfin, bien ordonnée, commençant par les travaux les plus humbles dans « la Manufacture », comme on dit à Clermont-Ferrand, aux côtés des plus humbles des salariés. Il n’y a pas de meilleure école pour connaître les hommes et pour détruire quelques idées reçues. Gravissant, marche après marche, l’échelle, non pas du pouvoir, mot qui ne veut rien dire en l’occurrence, mais des responsabilités, le fils de François Michelin, accède en 1999, à 36 ans, à la direction du groupe.

Avec lui, ce fut « le changement dans la continuité », le mariage de la tradition et de la modernité. L’esprit Michelin demeurait mais un air frais souffla dans l’entreprise qui devint plus communicante, plus ouverte. Un ami, cadre commercial , me disait que le changement était perceptible dans les relations humaines à l’intérieur des ateliers et des bureaux. « Nous sommes passés des mots aux actes » résumait-il. Et ça, ce fut, avec beaucoup d’autres innovations, l’œuvre d’Edouard Michelin.

On peut légitimement s’interroger : sa mort ne va-t-elle pas porter préjudice au développement et à la vie de l’entreprise ? D’autant que René Zingraff, le troisième co-gérant, vient juste de prendre sa retraite, ce qui laisse un double vide à la tête de la Manufacture. Je ne le crois pas. Car Michelin, c’est d’abord un corps social structuré par des valeurs libérales dont chaque membre est imprégné. Il suffit d’aller sur le site internet de l’entreprise

( www.michelin.com ) pour se rendre compte comment une communauté de travail se construit autour d’un projet partagé : satisfaction des clients, reconnaissance du rôle et de la prise de risque des actionnaires, fabrication de produits et services « respectueux du milieu naturel », innovation au service de l’environnement, « exigence d’objectivité et d’honnêteté intellectuelle, au delà des opinions et des préjugés ». Lorsqu’on a ainsi posé les conditions nécessaires au progrès, lorsqu’on a formé les hommes de l’entreprise à ces objectifs, lorsqu’on a recruté les meilleures compétences, quand l’un ces hommes meurt, même s’il est le premier d’entre eux, un  autre prend sa place et l’assume, parce que, derrière le « patron », il y a des cadres de très haut niveau, capables de faire face aux plus grandes responsabilités. Passée la période, toujours difficile, de la prise de fonctions, celui qui remplacera Edouard Michelin, reprendra le flambeau, différemment bien sûr, mais tout aussi efficacement.

Il faut le deuil d’une famille célèbre, dont on imagine à la fois la douleur de perdre un être cher et le souci de la pérennité économique de sa création, pour rappeler au monde la grandeur, le dévouement et la noblesse de chefs d’entreprises qui ne comptent que sur leurs propres forces, et non sur les commandes et la complicité de l’Etat ou des collectivités territoriales, pour exister. Au delà du temps qui passe et qui efface, gardons le souvenir d’un capitaliste et d’un libéral exemplaire, qui fut pleuré par toute une collectivité, amis et adversaires pour un  temps réconciliés.

Serge Weidmann

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Commentaires
M
Serge,<br /> <br /> Votre travail d'ensemble est impressionnant et intéressant, et votre hommage ici comporte au moins 2 choses que je trouve fort pertinentes.<br /> <br /> Merci pour la notion de libéralisme responsable que l'on peut en effet associer à cet homme.<br /> <br /> Il était, par exemple, venu expliquer tout ceci aux étudiants de l'ESC Clermont (l'homme était accessible et toujours disponible pour les instances locales pourtant insignifiantes au regard de ses enjeux... Certains qui donnent des leçons mais qui ne pensent qu'à ce qui peut leur rapporter feraient bien d'y penser).<br /> <br /> Petite précision et remarque : Comme nous le disons dans le forum des Ingénieurs & Scientifiques d'Auvergne, Édouard MICHELIN a complété son diplôme à l'ECP par un troisième cycle anglosaxon.<br /> (cf. http://forum.uris-auvergne.org/viewtopic.php?pid=149#p149)<br /> <br /> À mon humble avis, les débats puérils et polémiques stériles sur les formations n'ont d'équivalent à leur bassesse que leur effet destructeur plutôt que constructif. Dans un contexte mondialisé, jouer à ça me fait encore et toujours penser aux bagarres des gaulois...<br /> <br /> En tous cas le marché de la formation est "libre", à très haut niveau, et ce ne sont pas des comportements à la gauloise qui feront remonter nos offres dans les classements mondiaux.<br /> <br /> J'imagine que vous serez d'accord avec moi pour rappeler que l'objectif des formations n'est pas d'obtenir un diplôme gratifiant en soi ou au sain d'une communauté fermée, mais de "produire" des femmes et des hommes qui intéressent le "marché" pour créer "des richesses" [la richesse n'étant pas seulement économique et égocentrique].<br /> Cf. à ce sujet un constat affligeant et pour lequel pourtant rien ne bouge :<br /> http://forum.uris-auvergne.org/viewtopic.php?pid=114#p114<br /> <br /> Merci pour "la noblesse de chefs d’entreprises qui ne comptent que sur leurs propres forces, et non sur les commandes et la complicité de l’Etat ou des collectivités territoriales, pour exister."<br /> Il y en a encore quelques-uns dans la région qui ne vivent (ou survivent) pas seulement pas la commande ou la subvention publique... Qui tentent de porter des projets innovants et modernes, incompris des "institutionnels" souvent plus préoccupés des grandes masses, et qui pourtant, à l'image de MICHELIN à son époque, sont potentiellement des vecteurs de dynamisme économique local à court, moyen, et long terme.<br /> <br /> Ces gens là sont là, construisent et pour certains réussissent localement pour y rester. Pour combien de temps encore ? Que font les institutionnels régionaux pour remettre le cheval devant la charrue ?<br /> <br /> « On voit le chef d'entreprise comme la vache à traire ou l'homme à abattre, rarement comme le cheval qui tire la charrue. » – Winston CHURCHILL<br /> (http://www.majest.net/majest-amuses-gueule.htm)<br /> <br /> Marc<br /> <br /> PS : Les polémiques que vous regrettez, Serge, j'ai l'impression que vous les portez. Il ne faut pas confondre débat et polémique.<br /> Le débat est très constructif s'il est mené sainement et avec loyauté et ouverture d'esprit.<br /> C'est rare, parce que dans notre culture, on n'apprend pas à mener des débats et négociations, sauf à certains niveaux. Encore un vaste sujet, fondamental, culturel, et qui nous aiderait à vivre dans une société où par exemple le racisme, l'intolérance, etc. seraient plus facilement "combattus" (oh que ce mot est laid).<br /> <br /> Je crois qu'on peut ajouter ici que le talent de certains grands hommes, justement, est de savoir farie la part de ces choses là, et de n'avoir pas besoin de polémiquer parce qu'ils le sont, grands.
S
Mon cher Panda,<br /> <br /> Je ne comprends pas le sens de ta première phrase. Quand ai-je tiré dans le dos du voisin?<br /> <br /> Je vois aussi que tu n'as pas digéré le mot libéral, accolé à celui d' Edouard Michelin. Je ne le retirerai pas et j'attends, avec beaucoup de gourmandise intellectuelle, les arguments qui le présenteraient comme un socialiste.<br /> <br /> Quant au "bien être collectif", Vent d'Auvergne le sert à sa façon, qui est la sienne, et qu'il ne compte pas changer: en disant quelques vérités bien senties que les autres ne disent pas, sans langue de bois. Ca plaît : tant mieux, ça ne plait pas : c’est le même prix. Le consensus n'est pas sa tasse de thé, parce qu'actuellement c'est un "attrape couillons", dont se servent les tenants de la pensée unique-et inique- qui veulent transformer les êtres pensants en légumes décérébrés. Vent d'Auvergne se battra tant que le mensonge mènera le monde, comme le disait J.F. Revel.<br /> <br /> D'autre part, ce billet est le dernier de ma part sur ce sujet. Les circonstances tragiques qui en sont la cause (la mort brutale d'un grand Clermontois) méritent mieux que de médiocres polémiques.
L
Bonjour Serge,<br /> voici ce que j'appelle tirer dans le dos du voisin, et pourtant c'est jour de fête en cette circonstances.<br /> Lorsque les mots ne sont que pretextes à faire valoir, une théorie "politicienne" l'on se refugie comme on le peu, là ou le "vent" ne souffle pas à contre courants.<br /> Je regrette fortement des prises de positions qui ne servent pas l'interêt du bien-être collectif, sous le faux sens du poids et de la valeurs des mots....Que chacun se reconnaise, je suis serein, mais je lutte sainement et j'ouvre ma porte à tout humain désireux de se donner les moyens de créer sans attaquer et laissant vivre la "paix" de l'ambition pour toutes et tous.<br /> Le Panda
L
Serge, tu connais trop "la valeur" et la signification des mots, mais je te connais un "peu" alors je te fais "crédit" dans ta réponse.<br /> La France est en faillite et ne posséde rien de libéral sinon peut-être pour certains que "la liberté" d'expression, autant à gauche qu'à droite, nous sommes de "petits pions" enfin..pour moi...par rapport au manque de courage de celles et ceux qui briguent nos suffrages!!<br /> Mais là ou tu commets une erreur de "taille" c'est que j'ai fais mon billet personnel sur l'homme et une "revue de presse" sur les retombées sur différents plans, merci d'aller sur mon blog, en ce qui me concerne tous les jours je vais sur le tien, dont tu as un lien et tu pourras LIRE que tu n'es pas LE SEUL et par ailleurs moi non plus. Les chagrins les plus "forts sont souvent silencieux" il suffit de vouloir comprendre. Cela tu sais trés bien le faire, mais OUI La valeur de l'ensemble de l'empire MICHELIN tient du faît DE RECONNAITRE DANS SON "LIBERALISME DE CREER PAR LE SOCIAL" la valeur de tous au "TRAVAIL" par le respect des droits aux "differences" et que personne ne détient le monopole de quoi que ce soit. DANS LA MESURE OU LA FRANCE RECONNAISSE LA "VALEUR" DE SES ENFANTS, et NE nous enferme pas dans une dictature bureaucratique du HAUT, nous n'en serions pas au stade ou nous en sommes à tous les nivaux !!<br /> Salutations amicales<br /> Patrick Juan dit Le Panda ! Un homme seul ne peut rien !!
S
Lorsque je dis qu'Edouard Michelin était libéral, ce n'est pas au sens politicien du terme mais au sens intellectuel et aussi dans son action d'entrepreneur.<br /> <br /> Ce sont bien les valeurs du capitalisme libéral qui imprègnent la vie de la manufacture depuis toujours.<br /> Or en France ces valeurs-là sont souvent honnies.<br /> <br /> J'ai voulu rappeler aussi la grandeur et la nécessité de ce type d'hommes et d'entreprises dans notre pays.<br /> A ma connaissance et jusqu'à présent, je suis le seul, tout au moins sur la place de Clermont, à l'avoir fait.
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