ANRU soit qui mal y pense
Heu-reux ! comme le cantonnier de Fernand Raynaud. C’est du moins ainsi qu’apparaissaient, le 4 mai dernier, nos élus territoriaux socialistes, Serge Godard et René Souchon, paraphant le contrat de l’ANRU avec les deux ministres Jean-Louis Borloo et Brice Hortefeux.
Il suffit de regarder la photo illustrant mon article, téléchargée depuis le site de Clermont Communauté, pour en être convaincu. On baigne dans le consensus, la joie et l’allégresse. Il semblerait même que le maire de Clermont et le ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement échangent quelques bonnes blagues en posant devant les caméras et les appareils photographiques.
Le projet de l’ANRU ( Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) est, au départ une loi de droite, à partir de laquelle un projet de rénovation urbaine est mené, sur le terrain, en partenariat avec les collectivités territoriales. Dans l’agglomération clermontoise, le projet signé par tous le sourire aux lèvres, s’élève à 213 millions d’euros pour cinq ans. Les principaux financeurs sont l’Etat : 57 millions d’euros, Clermont-Communauté : 15 millions d’euros, la ville de Clermont : 15 millions d’euros, les organismes HLM : 102 millions d’euros, le Conseil régional : 11 millions d’euros, le département du Puy-de-Dôme : 6,5 millions d’euros. Ces chiffres officiels sont consultables sur le site internet de Clermont Communauté.
Las ! Rien ne va plus. Racine avait raison de faire dire à Grosjean dans les Plaideurs : « Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera ». En quelques jours, Joyeux a cédé la place à Grincheux. Car voilà Serge Godard, flanqué de son complice Souchon du Conseil régional, toujours prêt à grogner contre la droite, qui se répand en propos acerbes contre l’Etat à propos de ce contrat ANRU qu’il avait porté au septième ciel quelque temps auparavant. Et de l’accuser de ne verser que le dixième de la somme totale, le reste de sa contribution venant du 1% patronal. On ne savait pas Serge Godard aussi sourcilleux de la fiscalité patronale, lui qui ne donne pas l’exemple de sa modération à Clermont. Mais passons. Lorsqu’on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage. Car ce qui le fait rougir et rugir de rage, c’est son « sentiment que l’Etat veut s’accaparer une opération dont il n’est que l’un des partenaires ». Ce que jamais un socialiste n’a fait et ne fera, comme chacun le sait.
En fait, ce que craint « big Serge », c’est que, au cours de la campagne des prochaines municipales, son adversaire Brice Hortefeux rappelle que c’est la droite qui est à l’origine de cette politique sociale et non la gauche. « Le monopole du cœur » en prendrait un sacré coup (1).
Hortefeux pourrait dire aussi que le quartier de la Fontaine du Bac, oublié dans les projets de Godard, va être inclus dans l’ANRU grâce à lui.
Aussi le maire de Clermont-Ferrand voit-il arriver les échéances électorales avec inquiétude. Contesté dans son propre parti par plusieurs outsiders de poids, il ne peut se prévaloir, pour son bilan, que du tramway et de la place de Jaude. Or, rien ne dit que le premier lui apportera les lauriers convoités. En effet, ce nouveau mode de transport, peut, en début d’exploitation, connaître quelques mésaventures techniques, comme cela est arrivé dans beaucoup d’autres villes, ce qui se traduirait plus par des ricanements que par des suffrages. Quant à la place de Jaude, le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’elle ne recueille pas l’admiration béate des foules.
Pas étonnant que not’maire soit pris de tremblements, de rugissements et de pertes de sang- froid. Et ce n’est qu’un début.
Serge Weidmann
(1) La même chose peut être avancée à propos de la Zone franche urbaine, dont les socialistes ont toujours dit le plus grand mal mais qu’ils ont récupérée sans vergogne quand celle-ci s’est appliquée dans les quartiers-nord de la ville. Elle sera, n’en doutez pas, présentée comme une grande réalisation socialiste dans les tracts de leur future campagne.