Du socialisme en France 1
Philippe Nemo est professeur de philosophie sociale à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris et auteur de nombreux ouvrages. Le texte ci-dessous est un compte-rendu de son intervention faite pendant l’Université d’été de la nouvelle économie en août 2005 à Aix-en-Provence. Il est paru dans le fascicule : « Le retour de la société civile » qui est mis en vente au prix de 12 euros TTC. Pour se le procurer, allez sur le site : www.libres.org
Compte tenu de la longueur du texte de Nemo, Vent d’Auvergne a décidé de le diffuser en deux parties.
Je vous souhaite une bonne lecture, car les réflexions que nous livre l’auteur sont une clé essentielle à la compréhension de l’erreur socialiste. A vos disquettes ! SW
Etats Unis 1832 et France 2005
Tocqueville a montré les dangers de la démocratie. Mais je crois qu'il a confondu, sous ce concept de démocratie, deux choses totalement différentes qui sont le libéralisme et le socialisme. Et je crois que le problème qu'il a anticipé, celui de l'Etat oppressif, dans les derniers chapitres de la seconde « Démocratie en Amérique » vise moins les sociètés libérales
comme les Etats-Unis d'aujourd'hui que le socialisme. Mon propos n'est pas d'examiner cet aspect de la pensée de Tocqueville, mais simplement de dire qu'il est temps aujourd'hui d'écrire un livre qui s'appellerait non pas « De la Démocratie en Amérique » mais « Du socialisme en France ». Je vais vous donner le programme de ce livre en quelques pages.
Je crois que les socialistes ont une philosophie morale et politique objectivement fausse. C'est une erreur intellectuelle comme l'a très bien montré Hayek. De ce fait, leurs grilles d'analyse intellectuelle ne leur permettent pas de comprendre en profondeur la vie sociale et les logiques qui y sont à l'oeuvre. Par ailleurs, ils ont nié dans toutes leurs oeuvres doctrinales et dans tous leurs discours publics les valeurs et les vertus qui peuvent conduire la nature humaine à son accomplissement, qu'il soit individuel ou collectif. Pour cette raison, le réel échappe à leur pensée comme à leur action. Mais, d'autre part, ils sont animés de ressentiment social.
Je crois que ce déficit d'analyse intellectuelle d'une part et cette passion d'autre part permettent de retrouver le fil directeur d'à peu près toutes leurs politiques.
Ils ne savent pas produire des richesses
Premièrement, ils ne savent pas produire des richesses parce qu'ils ne comprennent pas les vertus du travail, l'esprit entrepreneurial, le rôle social de la propriété privée, la logique auto organisatrice du marché. Par ailleurs ils sont désolés qu'il y ait des pauvres et détestent ou jalousent les riches. Donc, leur grande recette est de mélanger les richesses. Ils vont le faire par le biais du vol fiscal, par la redistribution (présentée sous le beau nom de solidarité mais dont les principaux bénéficiaires ne sont nullement les pauvres, mais la fonction publique qui est leur seul électorat).
Ils ne savent pas produire de bons élèves
Ils ne savent pas produire de bons élèves puisqu'ils ont dévalorisé dans l'école, dont ils sont les maîtres en France depuis des décennies, l'effort, la discipline, la concentration, la sanction chez les élèves et le savoir; la rigueur, le dévouement chez les maîtres et de façon générale, l'intelligence, l'émulation, le désir de l'excellence. Par ailleurs, ils détestent et jalousent les bons élèves et aussi les bons maîtres.
Leur grande recette est de mélanger les bons et les mauvais élèves; d'où la carte scolaire, le collège et le lycée uniques, les prétendues classes hétérogènes, l'alignement des programmes vers le bas.
Ils ne savent pas produire de l'art
Ils ne savent pas produire de l'art parce qu'ils ne croient ni au génie ni au chef d'ceuvre, comme ils ne croient pas non plus aux héros, aux prophètes, aux saints, et en général aux hommes remarquables. Leur grande recette est de mélanger artistes et non artistes et de prétendre que tous sont artistes. Les tageurs, les rappeurs aussi bien que Mozart ou Beethoven, les spectateurs aussi bien que les acteurs (on a vu au récent festival d'Avignon le public invité à jouer la pièce à la place des « artistes »).
Philippe Nemo
La suite paraîtra dans quelques jours dans Vent d’Auvergne sous le titre : « Du socialisme en France 2 »