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Vent d'Auvergne
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21 novembre 2005

L'Etat sauvage

fleuve_sauvageJeudi dernier, j’assiste au cinéma Le Capitole à Clermont-Ferrand à la projection d’un film d’Elia Kazan tourné en 1960 : Wild River (le fleuve sauvage), projection organisée par l’excellente association : le Cercle des amis du cinéma dont je reparlerai.

Le thème ne peut que séduire un libéral : la lutte inégale entre une vieille femme, défendant sa propriété, et l’Etat fédéral américain du temps de Roosevelt qui veut prendre possession de sa terre située sur un fleuve où un barrage doit être construit.

Le dernier agent fédéral – les autres se sont cassés les dents devant le refus de la vieille de vendre son patrimoine, qui d’ailleurs ne vaut pas très cher- Chuck Glover, joué par Montgomery Clift, est sympathique et veut réussir par la persuasion en mettant en avant l’utilité du barrage qui préserve des vies humaines des crues de la « wild river » et les avantages offerts, dont un relogement dans une maison plus moderne et plus accessible à la ville que l’actuelle qui s’élève sur une île du fleuve.

Il se heurte à un refus ferme et définitif. La vieille propriétaire, Ella Garth, jouée par Jo Van Fleet, a, elle aussi des arguments de poids. Cette propriété est la sienne depuis fort longtemps, quand son mari et elle l’ont achetée, y ont vécu, trimé, et qui abrite le cimetière familial avec une tombe qui l’attend. C’est cela que les libéraux appellent les droits de propriétés inaliénables et qui sont fondés, non uniquement sur l’achat, mais sur le travail réalisé, les peines et les joies vécues-là et qu’une maison neuve sur la rive ne saurait remplacer puisqu’elle n’est chargée d’aucun souvenir, d’aucune âme.

Il y  a dans le film une séquence admirable, celle où Ella Garth, voulant donner une leçon à Glover, fait semblant d’abuser de son autorité et veut acheter le chien de Sam, un noir qui vit sur l’île avec sa famille. Sam, pour la première fois de sa vie se rebelle contre sa protectrice et refuse de céder devant ce brutal accès d’autorité qu’il ne comprend pas. « Vous voyez, dit alors Ella à Glover, Sam et moi nous ne vendons pas ! »

Bien sûr, la force fédérale triomphera, le barrage sera construit, le fleuve dompté, la vieille expropriée. Elle mourra sous la véranda de sa nouvelle maison, dans laquelle elle n’entrera jamais, comme une fleur transplantée dans un milieu qui n’est pas le sien.

Car si le fleuve est sauvage, l’Etat l’est aussi. Pascal Salin ne dit pas autre chose dans son livre Libéralisme, paru aux Editions Odile Jacob en 2000 : « L’intervention de la puissance publique, bien loin d’apporter une solution pacifique et juste aux conflits, représente une régression…vers l’organisation sauvage, c’est à dire une organisation où la force prime le droit .»

Véritable hymne à la liberté humaine qui se dresse, même avec de faibles moyens et sachant pertinemment qu’elle perdra le combat, contre la contrainte étatique, Wild River mérite d’être salué. Peu connu en France, le film sort ce mois-ci en DVD, achetez-le !

Serge Weidmann

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