Après le passage de Katrina et de Rita
L’ article présenté ce jour est tiré du blog du Québécois libre ( www.leblogueduql.org ) du 3 octobre. Son auteur Chantal K. Saucier est Acadienne et vit dans le sud de la Louisiane depuis dix ans. Elle parle ici de ce qu’elle a vu. Son témoignage apparaîtra, sans doute, non conformiste à beaucoup, il n’en reste pas moins précieux. SW
Si notre région avait évité le désastre de Katrina, il n’en a pas été de même pour celui de Rita. Le raz-de-marée qui a englouti la paroisse de Vermilion, où j’habite, et la paroisse voisine, Cameron, passera très certainement à l’histoire.
Encore une fois, et malgré l’ordre d’évacuation obligatoire avant Rita, certains résidants se sont retrouvés pris dans les zones inondées. Et comme ce fut le cas pour Katrina, les autorités ont encore une fois ralenti les opérations de sauvetage. Samedi matin, on demandait aux gens avec des bateaux de se présenter au Palais de Justice d’Abbéville et des centaines ont répondu à l’appel. De là, plusieurs ont été renvoyés à la maison alors que les autres ont été envoyés à différents endroits d’où l’on devait lancer les opérations de sauvetage. Mais les agents du département de Chasse et Pêche (Department of Widlife and Fisheries) ont refusé de laisser la plupart de ces bateaux aller à l’eau samedi parce que, disaient-ils, le vent soufflait toujours trop fort. Après avoir attendu pendant un moment, certains citoyens ont finalement décidé d’ignorer les directives des fonctionnaires et ils sont allés faire des sauvetages. Comme l’a raconté l’un d’entre eux: «A group of us just headed for the water leaving the guys from the Department of Wildlife and Fisheries high and dry in the parking lot.» À ceux-là, moi je dis «Bravo!»
Au cours des prochains mois, de nombreuses enquêtes seront menées par l’État et par des groupes indépendants sur les événements reliés à Katrina. Elles sont certainement nécessaires afin que l’on puisse distinguer la réalité de la fiction (on entend vraiment toutes sortes d’histoires en ce moment, même que les digues de la Nouvelle-Orléans auraient été dynamitées après le passage de l’ouragan!) Reste à voir ce qui se dégagera de tout ça.
Par ici, en ce moment, les gens de la droite blâment les autorités locales (largement démocrates) et ceux de la gauche sont convaincus que c’est de la faute de Bush et de la Federal Emergency Management Agency. Vraiment, le débat est ennuyant à mourir et les deux côtés ne font que tourner en rond. Au moins, quelques personnes plus renseignées réalisent que ce n’est pas une question de gauche ou de droite mais d’État comme tel, que nous avons vu sous son plus mauvais jour, c’est vrai, mais non hors de sa nature. En même temps, je n’ai pas trop espoir que les choses vont changer demain. Ce qui risque le plus d’arriver, et ce qui arrive à chaque fois, c’est que l’État va grossir un peu plus et ils vont se donner encore plus de pouvoir (comme ils l’ont fait après le 11 septembre) en attendant la prochaine catastrophe, naturelle ou pas. Ce qui me console c’est que, comme la grenouille qui voulait être aussi grosse que le boeuf, il viendra un temps où l’État ne pourra plus gonfler et il va péter. Plus il grossit et plus on se rapproche de ce jour.
Une dernière chose: un fait qui m’attriste beaucoup dans toute cette histoire, c’est la rapidité avec laquelle les Louisianais ont immédiatement été catégorisés par la presse internationale (y compris la presse canadienne) comme une bande de racistes et d’individualistes ne se souciant pas du sort de leurs frères et soeurs noirs de la Nouvelle-Orléans. Moi je peux vous assurer que dans les jours qui ont immédiatement suivi le passage de Katrina, la majorité des gens (plusieurs centaines) qui sont allés à la Nouvelle-Orléans pour aider avec leur bateau étaient des blancs. Si les autorités s’étaient enlevées du chemin, avouez que les images qui auraient suivi sur les chaînes de télé auraient été très différentes. En tout cas, Katrina nous a démontré qu’on ne manque pas de citoyens bien domptés et prêts à respecter l’autorité, même s’ils croient que l’autorité a tort. On peut probablement remercier cent ans d’éducation «publique» pour ça.
Chantal K. Saucier
Louisiane