E_Balladur   Je trouve extrêmement dangereux le nouveau culte de l’Etat auquel nous assistons aujourd’hui. Est-ce que la crise économique est due à l’Etat ou à la liberté? Pour moi, elle est due essentiellement aux Etats. Il y a quarante ans, ils ont détruit le système monétaire international, et depuis nous vivons dans un système de flottement qui crée beaucoup plus de monnaie, beaucoup plus de crédit que n’en requièrent les besoins de l’économie. Parce que les Etats, et d’abord l’Etat américain, pris dans la guerre du Vietnam, voulaient s’affranchir des règles qui les gênaient.

   Deuxième exemple, la gestion des banques centrales et d’abord celle de la Fed, qui a consisté à fournir à l’économie tous les moyens monétaires pour éviter que l’éclatement des bulles ne se traduise par la récession. Les Etats ont le pouvoir de demander aux banques centrales de respecter certaines règles, ils ne l’ont pas fait. Troisième exemple, les «subprime» et leur titrisation, qui mélangeaient de mauvais et de bons actifs. Il y avait des mécanismes de contrôle, la SEC en Amérique et d’autres en Europe. Ont-il attiré l’attention des pouvoirs publics sur les risques de ces attitudes de facilité? Non, en tout cas pas suffisamment.

   Dernier exemple, l’endettement budgétaire: est-ce la faute de la liberté, ou celle des Etats, qui sont mal gérés parce que les hommes politiques ont manqué de courage pour réduire les déficits et la dette? Le sujet d’aujourd’hui, ce n’est pas de donner encore plus de pouvoir aux Etats, mais de les amener à faire bon usage de celui qu’ils ont. Et de bâtir un système qui les empêche de créer de l’argent et du crédit à tout-va. La liberté ne peut aller sans règle. C’est cela, le libéralisme.


Edouard Balladur

Extrait d’une interview au journal suisse "Le Temps", le 6 novembre 2009

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/2b9fd570-ca53-11de-8c23-d286133f2ac0|1