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   C’ est bien connu: pour que personne n’ait la fièvre, il suffit de casser les thermomètres. Ainsi, en France, « les jeunes d’origine étrangère » (1) ne posent pas de problème puisque l’INSEE ne veut rien en savoir. L’étude a été faite, les chiffres existent mais ils restent dans les placards. « Cachez ces statistiques ethniques que je ne saurais voir » nous disent les nouveaux Tartuffe de l’antiracisme idéologique. Sauf qu’il existe encore quelques esprits libres à l’INSEE, qui n’ont pas peur de résister à la censure des belles âmes, et qui estiment que cacher la réalité sous le tapis ne permet ni de régler les problèmes, ni de mener une politique efficace d’insertion.

   C’est ainsi que Bernard Aubry, ancien de l’INSEE, en collaboration avec Michèle Tribalat, a fait paraître le compte-rendu de ses travaux dans la revue Commentaire de cet été. Presque en catimini, donc ! Mais le site internet de Marianne 2 a levé le lièvre. Les chiffres clés sont maintenant à la disposition de tous. Les sept pages du document mériteraient d’être publiées sur la toile afin que tout un chacun puisse accéder aux informations recueillies par Bernard Aubry quand il travaillait à l’INSEE.

   Il s’agit là d’une étude très fine. s’appuyant sur "la mise en relation des bulletins individuels collectés à l’intérieur d’une même famille" qui permet de repérer les populations d’origine étrangère. L’enquête inclut les personnes nées en France d’au moins un parent immigré (pour les enfants vivant encore chez leurs parents).

Trois éléments retiennent l’attention :
- La hausse de la proportion de jeunes d’origine étrangère est imputable à l’évolution francilienne, passant de 11,5% en 1968 à 18,1% en 2005. Sans l’Ile de France elle aurait stagné autour de 13%. Quelques chiffres en 2005 :
- 37 % en Ile-de-France
- 23 % en Alsace
- 21 % en Provence-Côte d’Azur
- 20 % en Rhône-Alpes.
Au niveau des départements, la plus forte proportion de jeunes d’origine étrangère se situe en Seine-Saint-Denis, avec 57 %.

- Hors région parisienne, la concentration des jeunes d’origine étrangère s’accentue dans un grand ouest qui commence aux franges de l’Ile de France. « Dans la plupart de ces départements, la présence de jeunes d’origine étrangère était extrêmement faible à la fin des années 1960 ». Il n’en est plus ainsi aujourd’hui. Par exemple, dans le Maine et Loire, on est passé de 1% en 1968 à 7% en 2005 et dans le Loir et Cher de 4% à 13%.

- « L’importance de l’immigration subsaharienne en France est de plus en plus importante. Dans certaines villes, les plus fortes concentrations sont atteintes grâce à l’apport spécifique subsaharien.
A Grigny, par exemple, on observe une multiplication par 3 des jeunes d’origine subsaharienne en 15 ans (31 % des jeunes Grignois sont aujourd'hui de cette origine).
A Clichy-sous-Bois, comme à Evry, environ 20 % des jeunes sont d’origine subsaharienne.
60 % de l’immigration subsaharienne vit en Ile-de-France. »
L’Institut Montaigne (2) qui planche sur ce thème, conclut :

    « Les données recueillies par Michèle Tribalat démontrent, s’il en était encore besoin, que la France d’aujourd’hui est de plus en plus multiethnique et multiculturelle. Cette tendance de long terme rend urgente une réflexion sur ce qui constitue le ferment de la communauté française, au-delà des différences propres à chacun de ses membres, ethniques, géographiques ou autres. »
 

    Encore faut-il que ceux dont c’est le métier d’étudier ces phénomènes ne passent pas leur temps à botter en touche afin que le diagnostic n’ait pas lieu.

SW

(1) C’est le titre de l’article de B Aubry et M Tribalat, paru dans la revue Commentaire d’été 2009. Voir : www.commentaire.fr

(2) Voir sur le site de l’Institut :
http://www.institutmontaigne.org/desideespourdemain/index.php/2009/07/06/329-immigration-des-statistiques-precises