21 septembre 2008

Le développement durable contre la liberté

G_rard_Bramoull_Dans un sondage Louis Harris de juin 2005, il apparaissait que près de 60% des Français avaient entendu parler du développement durable. Mais seuls 16% d’entre eux savaient réellement ce qu’il signifie.

Pourtant ce concept est devenu, en ces temps où il est bien vu de pratiquer un écologisme de bon aloi, une référence majeure obligatoire. On le met à toutes les sauces, on le brandit comme un drapeau dans tout projet subventionné, les présidents de Conseils régionaux, généraux, les maires s’en gargarisent à tout bout de phrase. Au fil du temps, il est même devenu matière scolaire à part entière. Pourtant, c’est plutôt bon signe de constater cette ignorance de nos compatriotes. Cela va nous permettre de leur en parler, en dehors de toute langue de bois.

Nous devons à Gérard Bramoullé (photo), professeur d’économie à l’Université d’Aix-en-Provence, d’avoir mis à nu le développement durable (1). Ce qui ressort de son travail, présenté à la dernière université des nouveaux économistes, c’est tout l’aspect idéologique et politique d’un concept finalement pas si innocent que cela.

Apparu il y a une vingtaine d’années dans un rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU, présidée par  Madame Bruntland, le développement durable est ainsi présenté :
C’est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : 
le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité,
et  l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.

A partir de là, les différents sommets internationaux de Rio et de Johannesburg vont inciter les états à intégrer le développement durable dans leurs législations. L’Union européenne se sera pas en reste qui reprendra à son compte ces montages mondiaux. La commission de Bruxelles adapte le développement durable à toutes ses politiques. Par exemple dans Natura 2000, où, pour assurer le développement durable des écrevisses, on laisse des secteurs entiers à l’abandon. Les états,  eux-mêmes, déclinent le développement durable à leur niveau. Pour lui, on crée des commisssions, des comités à tire larigot. Toutes les strates de l’Etat et des autres collectivités sont pénétrées par le développement durable.

Peut-on porter un regard critique sur le développement durable ? Pour Gérard Bramoullé, il faut analyser successivement les trois notions qui le fondent : les besoins, les limites, la durabilité.

La notion de « besoins » est subjective. On ne peut aujourd’hui connaître les besoins des générations futures. En fait c’est l’ONU, l’Europe, les états, les collectivités, bref les élus et leurs fonctionnaires, qui définissent ici et maintenant les besoins de nos descendants. C’est un acte purement technocratique qui ignore la réalité: faire des choix, c’est renoncer à certaines choses pour en privilégier d’autres. Lorsque l’on sait avec quelle facilité ces gens-là pratiquent l’erreur économique dans leurs décisions (voir les recommandations de croissance zéro du Club de Rome il y a quarante ans), on peut se faire du souci pour l’avenir de nos petits enfants si on laisse le soin à ces apprentis sorciers d’en décider à leur place.

La notion de « limites » des ressources est un sophisme. D’abord parce qu’une ressource n’existe pas en tant que telle tant que son utilité reste inconnue. Le pétrole fut longtemps négligé ou utilisé en petites doses comme médicament par les Indiens d’Amérique avant de prendre la place que l’on sait. Ensuite la loi économique de l’offre et de la demande est un bon moyen de gérer les stocks et de rechercher de nouvelles formes d’énergie. Apparemment, Big brother ne sait pas que l’homme est un être doué d’adaptation. Ce qui a conduit autrefois Roosevelt à penser que la planète allait manquer de bois, comme si le progrès technique était figé. « S’ il y avait eu des écologistes au 17ème siècle, plaisante Gérard Bramoullé, ils auraient dénoncé ce monde qui allait crouler sous le crottin de cheval ».

Quant à la « durabilité », il semble curieux de l’associer au développement qui, lui-même, se construit dans la durée. Pour les économistes, les allocations de ressources inter-temporelles se réalisent à travers l’utilisation du taux d’intérêt. C’est, selon le mot de Thomas d’Aquin, « le prix du temps ». Mais les fonctionnaires de l’ONU, de Bruxelles et d’ailleurs ont-ils quelques notions d’économie ?

En conclusion, le développement durable s’appuie sur trois notions discutables. Par contre, il permet d’assurer la durabilité de la coercition. Les hommes politiques l’utilisent pour augmenter leur pouvoir sur le reste des hommes et leurs activités. Introduire son enseignement à l’école, c’est organiser sciemment le lavage des jeunes cerveaux. C’est pourquoi, il convient de dénoncer cette hérésie en s’appuyant, pour ce faire, sur les enseignements de l’économie libérale.. durablement.

Serge Weidmann

(1) Lire aussi le compte rendu de son intervention sur le site « Libres »

http://www.libres.org/francais/universite_d_ete/Mondialisation%202007/Retranscriptions/Bramoull%E9_d%E9veloppement_durable_2007.htm

Posté par ventdauvergne à 12:37 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le développement durable contre la liberté

    La liberté ? C'est ce truc qui fait que des porcs jouaient avec l'argent des autres et que maintenant qu'ils sentent la paille ils demandent à l'immonde bête dite aussi l'Etat, de leur torcher le cul et de solder leurs dettes ? C'est de cette liberté là que vous parlez ? où est lE tout se régule de lui-même, le Marché sait ce qui est bon pour lui ? C'est peut-être marrant de railler le développement durable mais parlez nous donc du dérèglement durable ! Avez-vous entendu M Sarkozy à l'ONU et à Toulon ! Putain Merde, en fermant les yeux j'croyais entendre un socialo-communiste !!!! A votre plume !

    Posté par Saint Augustin, 25 septembre 2008 à 22:14 | | Répondre
  • Réponse à (Saint?) Augustin

    Un avis est un avis et je n'ai pas voulu vous censurer mais avez-vous besoin, pour être audible, de proférer des grossièretés à tout bout de phrase?

    Pour le reste, on cherche en vain dans votre commentaire le début de l'ombre d'un argument.

    Posté par vent d'auvergne, 29 septembre 2008 à 20:03 | | Répondre
  • Excès...

    Le commentaire de SA est excessif ! certes ! mais il met le doigt sur une réalité : la non régulation de l'économie aboutit à des situations de crise dont nous (individus) payons tous le prix... Est-il pertinent de laisser la finance dans la sphère concurrentielle ? Au vu des crises régulières (tous les 20 ans environ) et des drames individuels, on peut en douter...
    Mais je trouve votre billet lui aussi excessif : au nom de la liberté, il faudrait jouir sans entrave en qq sorte ! (j'aime bien cette proximité entre le libéralisme et la révolution de mai 68 !)
    Pourtant, il me semble que le respect de la planète, le respect du patrimoine collectif (désolé, mais je ne pense pas que la terre entière soit susceptible d'appropriation privée) fait partie des fondements de la liberté, car une liberté qui ne respecte rien, c'est l'anarchie...

    Personnellement, il me semble que l'homme doit respecter la nature, la gérer, mais en acceptant de ne pas détruire, de ne pas polluer...
    Actuellement par exemple, nous sommes en train d'urbaniser les côtes françaises : ce n'est pas durable, car après tout, nos enfants ont le droit de connaître ces paysages magnifiques autrement que dans les ouvrages des maîtres de la littératures qui les ont décrites dans les siècles passés...
    Je trouve que l'essentiel du libéralisme, c'est de donner à chacun la liberté de faire, de mener à bien son projet : et pour ça, il est nécessaire de réguler, d'orienter, pour éviter les monopoles, les abus de position dominante, les refus de crédit etc...
    Vous semblez raisonner le libéralisme comme une liberté absolue, moi je le conçois comme une liberté des individus, dans un espace forcément régulé, sinon cette liberté individuelle est ontologiquement niée...
    Sinon, votre blog est intéressant, merci !

    Posté par Ambert, 06 octobre 2008 à 09:15 | | Répondre
  • Crise et développement

    Merci de vos commentaires à mes articles cher Ambert.
    Je souhaite longue vie et un grand succès à votre blog.

    Il est difficile de parler du libéralisme en quelques mots et de le défendre valablement dans un pays où s'expriment trop souvent l'idéologie socialiste et "planiste".

    En fait aucune nation n'est réellement libérale et l'action de l'Etat, en 1929 comme aujourd'hui aux USA, a largement contribué à pervertir l'économie. Sans parler de la France.

    Certes, il n'y a pas de libéralisme qui vaille sans règles et sans législation. Des guildes de marchands ont exercé ce contrôle par le passé. Aujourd'hui l'Etat étant partout, on attend qu'il dise le droit et le fasse respecter. Oui à l'Etat arbitre et seulement arbitre et garant du respect des lois.

    Quant au développement durable, le critiquer relève actuellement de l'action suicide, tant les gens, les entreprises et les institutions ne jurent que par lui. Il est vrai que chacun met derrière ce qu'il veut. C'est l'aubergne espagnole.

    Faut-il pour autant assister à la messe si on est persuadé que Dieu n'existe pas? Et le dire? C'est le pari de Bramoullé. Il faut voir ce que valent ses arguments. Ce qui m'a frappé, c'est la rapidité avec laquelle un concept, pour moi fumeux, a été imposé en peu de temps au monde entier.

    La lutte contre la pollution et la prudence quant aux développement doivent s'appuyer sur des réalités solides et pas sur de l'idéologie. C'est pourquoi, si l'écologie est noble, il faut se méfier de ceux qui veulent en vivre ou en tirer uniquement leur notoriété, les deux attitudes étant souvent liées.

    Posté par vent d'auvergne, 10 octobre 2008 à 18:20 | | Répondre
  • l'aubergne espagnole

    Les erreurs de frappe, les erreurs de jugement, etc. Les socialos-communistes, la saloperie de l'Etat tout de même bonne à boucher les coliques financières... On se demande parfois comment des humains peuvent avoir peur à ce point de regarder la réalité du monde en face, la lâcheté de masquer leur cynique hypocrisie de nantis, la malhonnêteté d'habiller l'humanisme avec les paillettes de la négation de la solidarité...
    Pauvre libéral qui réclame sa chaîne en or pour rester attaché à sa niche (fiscale ?) dérisoire, la portant fièrement sur son dos et donnant à tout cela le nom de Liberté... Grignote donc tes derniers surplus de sucre. Après tout, ça rend aveugle.

    Posté par beaujean, 14 octobre 2008 à 16:16 | | Répondre
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