Il est tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le blé s’est envolé, c’est la faute au marché…
agricultureLes cours des matières premières agricoles ont depuis plusieurs mois fortement augmenté. Comme à chaque fois qu’un phénomène considéré comme négatif apparaît, l’ensemble des médias et de l’opinion publique se tourne vers les politiques.
Ces derniers sont bien embarrassés, demandent à quelques conseillers de leur rédiger en urgence une note à ce sujet, qui eux-mêmes se tournent vers ce qu’ils ont sous la main, des rapport de la FAO (organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture).

Que dire ? C’est la faute au marché (au moins, il ne répondra pas aux critiques, ni ne portera plainte celui-là si l’on dit des bêtises sur lui..). Mieux, c’est la faute à la spéculation. La messe est dite, les politiques ressortent le front haut, prêts à légiférer et à réguler tous ces dysfonctionnements, la ménagère est rassurée.

Mais qu’en est-il vraiment ? Tout d’abord, le marché n’est ni une personne ni une organisation, il s’agit seulement du lieu où se confrontent les acheteurs et les vendeurs. De là, un prix d’équilibre est établi. Pourquoi le prix des matières premières agricoles a augmenté ? Car les acheteurs comme les vendeurs anticipent une augmentation de la demande de nourriture dans les années à venir, remarquent que l’urbanisation diminue les surfaces de terre arables, que les stocks sont très bas et que de nouveaux débouchés sont apparus pour les matières premières agricoles, comme les biocarburants. De cette situation tendue résulte le cours élevé. Les acteurs spéculent au sens propre du terme, venant du latin speculare, signifiant regarder dans le lointain (ce que font rarement nos politiques ou l’Etat). Ce n’est pas la spéculation qui est la cause de la hausse, c’est la situation qui cause une anticipation haussière.

Le prix contient et transmet l’information, alerte l’ensemble de la planète de la situation périlleuse et parfois absurde dans laquelle se trouve notre agriculture. Il est aussi grotesque de dénoncer le marché et la spéculation que de dénoncer le thermomètre dont le mercure indiquerait que la température monte fortement.

Est-ce les règles du marché, porteur de tant de maux à écouter certains, qui régissent l’agriculture mondiale ? Certainement pas ; en Europe, la PAC fixe les prix, elle avait même eu de belles idées malthusiennes sans doute issues d’un cerveau malade : la jachère imposée sur 10% des surfaces agricoles ou bien encore des quotas de production, de lait par exemple, que l’on devait jeter en cas d’excédent ; découplage des aides (on paie quelqu’un qui ne produit plus car il produisait avant)… Cette même agriculture administrée se voyait subventionnée pour exporter des produits dans le Tiers-Monde, créant ainsi une concurrence déloyale avec les productions locales (poulet du Sénégal). L’agriculture américaine, même si elle n’est pas victime du malthusianisme européen, est elle aussi abreuvée de subventions faussant le marché et empêchant une production optimale.

Le plus grand symbole ces derniers mois de la gestion irresponsable de l’agriculture par les Etats est la politique de soutien massif aux agro carburants en Europe et aux USA. Cette production est anti-économique à de rares exceptions près, son bilan environnemental est des plus contestés, et elle a contribué à l’envolée des cours des matières premières. Adulée hier, financée à grands frais et surtout aux frais du contribuable au profit de lobby sous couvert de lutte contre l’effet de serre, croisade moderne attirant plus les bonnes âmes que les esprits bien faits.

Et que dire de la FAO, organisme dont les membres jouissent de situations confortables alors que, récemment, un rapport externe pointait sa bureaucratie inefficace et lente, n’atteignant aucun des objectifs qui lui étaient assignés. Celle-ci conseillait, il y a quelques années, le recours aux OGM. Désormais, elle veut favoriser l’agriculture biologique. Cette crise est une aubaine pour elle, justifiant son existence et ses ressources.

Certains pays prônent une interdiction des exportations et une plus forte régulation des échanges. L’agriculture est un domaine qui pâtit déjà d’une sur-réglementation. L’augmenter au détriment de la liberté de production et d’échange serait aggraver le problème. L’exemple du Zimbabwe est caricatural. Un pays, ancien grenier à blé de l’Afrique, fut confié aux mains de socialistes collectivistes et spoliateurs. Aujourd’hui, la disette et la crise économique sévissent dans ce pays.

A la fin de l’Ancien Régime, les philosophes des Lumières militaient pour le libre commerce des grains permettant une diminution du prix et une meilleure efficacité. C’était un sujet de polémique des plus ardents à l’époque. Aujourd’hui, le commerce des grains n’est toujours pas libre en France. Le combat continue.

Une histoire me semble des plus appropriées. Les indiens disposaient d’un piège à ours consistant à attacher au bout d’une branche, au moyen d’une corde, une grosse pierre enduite de miel. L’ours donnait un coup de patte sur la pierre pour tester l’objet alléchant, mais se voyait frappé par la pierre revenant sur lui en raison du mouvement de balancier. L’ours énervé répétait alors l’opération du coup de patte avec le même effet jusqu’à l’assommement. Mêmes causes, mêmes conséquences. C’est à croire que les hommes sont aussi bêtes que les ours.

Florent Belon