Chafia_Mentalecheta_l_int_r_t_g_n_ral_avant_toutChafia Mentalecheta, ex-militante au parti socialiste et candidate dissidente sous l'étiquette "divers gauche" aux législatives dans la première circonscription du Puy-de-Dôme, est une femme d'expérience, généreuse et dotée d'une grande conscience républicaine en même temps que d'une forte personnalité. C'est en tout cas ce que je retire de la réponse qu'elle m'a faite alors que je l'interrogeais, par courriel, sur ce qu'elle pensait de mon article: "Nécessaire rupture à l'Assemblée nationale" paru dans le blog Le Clermontois libre, le 15 mai 2007.

Elle est contre le cumul des mandats. Et elle analyse bien les effets pervers de la situation des parlementaires qui délaissent le Palais Bourbon (et la défense de leurs prérogatives législatives face au gouvernement) pour aller "couper des rubans au fin fond de leur circonscription" ou (et) qui, forts de leur statut de politicien multi-cartes, se prennent pour des "super élus de secteur, tendance Zorro du coin, (plutôt que pour des) "élus de la République dans son ensemble". En passant, elle reproche aux électeurs d'entrer dans ce jeu. "Vous-même, me dit-elle, peut-être soutenez -vous un(e) candidat(e) qui a un mandat local ?" Touché!

Enfin, elle rejette le sectarisme politique et souhaite, devant les difficultés que connaît la France et ses habitants, une "mutualisation des intelligences, des compétences et des talents dans le seul objectif de réaliser l'intérêt général." Cette idée séduisante, si elle n'est pas nouvelle, revient, aujourd'hui, avec une certaine force dans notre pays. On l'a vu avec les propositions de François Bayrou, pendant la campagne présidentielle, et la nomination de ministres venant de l'autre bord politique par Nicolas Sarkozy. "Seul l'intérêt général doit être au centre des préoccupations de la classe politique française" affirme-t-elle. Qui ne souscrirait à pareille formule.

Mais il faut rester lucide. La classe politique française est, intellectuellement, plus consensuelle qu'elle le dit, mais ce consensus repose sur des idées perverses. L'esprit polytechnicien et énarchiste, y règne encore, à gauche comme à droite, avec une vision très "ingenierie sociale" de sa mission. Etatiste ou marxiste, cette classe vénère l'Etat providence et, mine de rien, rogne peu à peu les libertés individuelles et les vrais droits qui en découlent (respect de la propriété privée notamment). La vraie fracture dans la pensée politique, elle est, comme l'a bien montré Friedrich Hayek, non pas entre la gauche et la droite, mais entre les constructivistes et les libéraux (hélas pas assez nombreux chez nous), "c'est à dire entre ceux qui pensent possible de construire une société et ceux qui pensent qu'il faut laisser agir les individus sans que l'on puisse savoir ce qu'il en résultera" (1). Depuis plus d'un quart de siècle, chacun peut constater et mesurer l'échec des politiques menées par les premiers, en France. Ne souhaitons pas que cela continue après un -heureusement improbable- "embrassons-nous, Folleville".

Je ne doute pas que Chafia Mentalecheta soit, comme moi, sensible à la notion de liberté individuelle, associée à la responsabilité (2). Ne serait-ce que parce qu' elle-même a su, avec beaucoup de force, de conviction et de courage, s'émanciper d'une tutelle socialiste par trop paternaliste, qui voit dans les Français issus de l'immigration davantage un réservoir électoral qu'un espoir de renouvellement des vieilles structures politiciennes. Ras-le-bol du "Tais-toi et vote pour moi", en quelque sorte, qui augure bien de la suite. L'humanisme affleure dans l'expression de ses convictions, humanisme exigeant: chacun devant s'affirmer comme acteur dans la vie publique. Voilà une nouvelle venue dans la sphère politique locale qui fait souffler un vent contestataire de bon aloi. Elle ringardise d'un coup un certain nombre d'élus de son ancien parti qui prennent, soudain, l'aspect d'animaux empaillés dans un musée. Il faudra, et quels que soient ses résultats aux législatives, compter avec elle dans l'avenir.

Serge Weidmann

(1) Pascal Salin, dans son livre Libéralisme Editions Odile Jacob,  page 406
(2) Sans vouloir, bien sûr, en faire une libérale pour autant

La photo est extraite du site internet de Chafia Mentalecheta: http://www.chafia.net/