H2OJe voudrais, ici, dire tout le mal que je pense de l’association H2O et de son  Festival de l’Eau du Massif-Central, qui s’est déroulé à Clermont-Ferrand du 25 au 29 juillet 2006. Mais, avant que mes irréductibles adversaires du camp d’en face me crucifient sur la croix de leur idéologie, je tiens à faire, en préambule à ce qui va suivre, la déclaration suivante :

Je ne me résigne ni à la pollution des eaux (pas plus qu’à celle de l’air et de la terre), ni à la misère dans une grande partie de la planète (dont il faudrait, d’ailleurs, rechercher et analyser les causes locales plutôt que d’en culpabiliser le monde développé). Je rêve aussi d’un élément aquatique sain et accessible à tous car j’en mesure à la fois la nécessité et l’urgence. Mais quoi ? Est-ce avec des pantomimes médiatisées et de bonnes intentions affichées –dont on sait, par l’adage, que l’enfer en est pavé- que l’on va résoudre les problèmes d’approvisionnement en eau potable des cités humaines? Le « monopole du cœur », quand il est privé de la raison, risque de nous mener à la catastrophe.

Ainsi, faute d’une analyse de la question, les responsables de l’association H2O, prisonniers d’idées reçues, ne peuvent faire aucun diagnostic juste de la situation présente et donc, proposer des solutions adaptées. Par contre, sous couvert d’apporter des réponses acceptables affectivement, ils sont en train de nous tricoter quelque chose qui ressemble à un totalitarisme « new look ». Il suffit de lire le compte-rendu de leur rencontre de Genève de 2006 intitulé : « Proposition d’un contrat mondial sur l’eau » (1) pour découvrir, sous le masque des bons sentiments, une volonté de propagande que l’on croyait morte avec les dictatures européennes de la fin du XXème siècle.

Dans un premier temps, on y lit l’affirmation que l’eau est un « patrimoine commun non marchandisable». Cet affreux néologisme à partir de la racine « marchand » est destiné, je pense,  à rendre la chose aussi affreuse que le mot. On sait, depuis Georges Orwell, que c’est par les mots de leur « novlangue », que les esprits malins font passer leurs idées malignes. Bref, l’eau « patrimoine » ( Qui l’a décidé ? Selon quels critères ?) doit être gratuite. Pour qui, pour tout le monde? Et, comme le « gratuit » est quand même payé par quelqu’un, qui paie ? Qui paie la dépollution de l’eau, son captage, son conditionnement, sa distribution ? On peut supposer, derrière les bons sentiments, la construction, par des fonctionnaires mondiaux assermentés, de tout un  faisceau d’impôts et de taxes qui vont s’abattre sur « les nantis ». Charmante perspective.

La suite est pire encore. La nouvelle utopie envisage de « faire passer ce concept à l’intérieur des systèmes éducatifs de tous les continents au nom d’un réseau international de scolaires ». C’est l’école Eau. Comptant sur l’aide efficace des nomenklaturas étatiques ou régionales, le président d’H2O écrit tout naturellement : « Nos certitudes pourront ainsi passer en douceur, consensuellement… et se développer à l’intérieur des systèmes éducatifs du monde entier et donc au sein des collectivités  locales et territoriales ». Oui, vous avez bien lu. On imagine sans peine, là où le système éducatif est sous la coupe de l’Etat, comme en France, ce qui pourra se passer, notamment si un candidat socialiste remporte la présidentielle en 2007. Notez qu’en Auvergne, le Rectorat a déjà franchi le pas en étant un partenaire officiel de ce festival (avec la DATAR, le Conseil régional d’Auvergne, le Conseil général du Puy-de-Dôme et la mairie de Clermont-Ferrand, ces trois derniers étant des officines territoriales à dominante socialiste).

Messieurs les constructivistes souriants d’une dictature écologique -fort bien analysée en son temps dans le livre « Le Nouvel Ordre écologique » de Luc Ferry, lequel l’a payé cher quand il fut ministre de Jacques Chirac- apprenez ceci : ceux que vous appelez les « millions de scolaires » et que vous semblez considérer comme une masse de cerveaux dans laquelle déverser vos marottes, ce sont nos enfants ou, c’est le cas de l’auteur de cet article, nos petits-enfants. Ils ne sont pas votre propriété. Ils ne sont pas non plus les sujets d’actions de propagande issues de vos lubies intellectuelles. Alors rangez vos dangereuses utopies et redescendez sur terre.

Serge Weidmann

(1) http://www.association-h2o.com/Docs/contratmondial_eau.pdf

NB : J’interviendrai dans un prochain article sur cette importante question de l’eau, vue d’un œil libéral.