marie_france_garaudLa Vème République est morte. Qui l’a tuée et comment? C’est la réflexion à laquelle se livre Marie-France Garaud dans La fête des fous, ouvrage qui vient de paraître chez Plon.
Le titre est emprunté à une réplique de Don Juan, dans l’opéra de Mozart, lorsque le séducteur, foudroyé par le Commandeur, disparaît aux  enfers.
Don Juan, dans notre République, c’est François Mitterrand, le Commandeur c’est Charles de Gaulle. Mais, après 50 ans de vie politique française, force est de constater que l’œuvre du Commandeur est détruite et que Don Juan triomphe.

Cependant, ce dernier ne fut pas son unique destructeur, « la faiblesse des hommes et la nature des choses » y ont aussi leur part et l’auteur ne ménage ni Jacques Chaban-Delmas, ni Valéry Giscard d’Estaing, ni Edouard Balladur, ni Jacques Chirac.

Ancienne collaboratrice de Jean Foyer, Garde des sceaux dans le premier gouvernement de la Vème République, puis de Georges Pompidou, Marie-France Garaud analyse avec beaucoup de subtilité la stratégie mitterrandienne d’opposition farouche et irréductible à de Gaulle, qui lui permettra de s’affirmer peu à peu comme le candidat unique de la gauche. Longue et difficile marche qui le mènera en 1981 à la Présidence de la République pour un long règne de quatorze ans. C’est « le temps des fossoyeurs » comme le dit Marie-France Garaud, reprenant ici une expression de Jean-Jacques Servan Schreiber.

Celle-ci n’est guère plus tendre avec les hommes de droite de l’époque post-pompidolienne. Comme elle faisait partie du sérail, elle les a approchés de près. C’est avec minutie et une rigueur  d’ethnologue et de psychologue qu’elle relève les faiblesses des gens de son camp, leurs dérives face à l’esprit des institutions -dont la cohabitation et l’utopie fédéraliste européenne se révèlent être, à ses yeux, les pires- qu’ont acceptées ces hommes qu’elle a, pour plusieurs d’entre eux, soutenus et aidés. Celui qu’elle épingle le plus est le Président actuel, sans doute parce qu’elle fonda beaucoup d’espoir en lui, espoirs déçus, puisqu’elle le voit, désormais, comme un continuateur conscient de l’œuvre de Mitterrand, oublieux de la pensée et des valeurs que le Général avait introduites dans la vie politique française.

Triste et implacable constat que celui fait dans ce livre. Et d’autant plus triste que « la fête des fous » continue, entraînant la France dans l’éclatement de son unité, vers le communautarisme et l’affrontement d’intérêts antagonistes. Les derniers mots de Madame Garaud sont un appel aux Français afin qu’ils retrouvent, à travers l’idée de la nation, leur identité propre qui les sortira de l’engourdissement où ils se morfondent actuellement.

Serge Weidmann