dimeyNous sommes nés dans la même commune à Nogent-en-Bassigny (on dit à présent : Nogent,  tout court) en Haute-Marne, pays de la coutellerie, dans la même rue. De la fenêtre de ma chambre, chez ma grand-mère, je pouvais voir sa maison natale. Mais il n’y habitait plus depuis longtemps et, comme il avait neuf ans de plus que moi, je ne fis sa connaissance que beaucoup plus tard.

Bernard Dimey, car c’est de lui dont il s’agit, était, peut-être, un génie, sûrement un homme d’une intelligence supérieure et d’une culture sans faille. Il écrivait, avec beaucoup de facilité, articles de presse, poèmes, livres (que d’autres signaient), et plus tard pièces de théâtre, scénarios, dialogues de films et surtout des chansons qui firent sa célébrité : « Mon truc en plumes », « Syracuse », « Mémère »… Artiste touche à tout, il fut également peintre, dessinateur, vedette de music-hall, acteur au cinéma et à la télévision.

Comme nous étions un peu cousins, comme nous avions des amis communs, ma mère recevait, à certains de ses anniversaires, soit un livre dédicacé de ses premières poésies (tel le « Requiem à boire » qu’elle prêta à une « amie » qui ne le lui rendit jamais) ou une peinture qu’il signait du pseudonyme de Zelter. A la mort de ma mère, je récupérai le tableau qui décore à présent le mur de mon bureau. Je l’ai sous les yeux en écrivant cet article.

Je rencontrai le personnage pour la première fois le premier janvier 1961. Mes parents et moi allions souhaiter la bonne année à une de mes cousines, amie de la famille Dimey, lui aussi et à la même heure. Il avait trente ans, commençait à être célèbre à Paris et se préparait à convoler. J’en avais vingt et un et cherchais ma voie. Nous étions lui et moi minces et sans barbe. Qui peut, aujourd’hui, imaginer, Dimey mince et glabre ? Et il me donna ce conseil : « Fixe-toi un but, et, quand ce sera fait, mets tout en œuvre pour le réaliser ». J’opinai du chef, convaincu de la sagesse de ses propos. Quarante cinq ans après, l’honnêteté me force à admettre que je n’ai guère suivi sa recommandation ; lui non plus d’ailleurs.

Mort il y vingt-cinq ans, il laissa son corps reposer dans le cimetière Nogent. Quant à son âme, est-elle au paradis des artistes, surveillant la pousse des vignes du Seigneur ? A moins qu’elle n’ait suivi une âme féminine particulièrement aguichante dans un endroit plus sulfureux, qu’il chantait jadis en ces termes :

« L’enfer est tout peuplé de femmes

De jolies femmes comme il faut

Dont la peau se chauffe à la flamme

Pour avoir le feu dans la peau. »

Ici bas, sa fille Dominique a repris le flambeau et continue la tradition artistique familiale, nos cousins de la Belle Province érigent une statue à sa gloire et s’apprêtent à venir fêter leur héros, improbable amalgame d’ Homère et de Bacchus, devenu immortel, durant les cinq jours de festival que sa bonne ville natale et une grande partie du département de la Haute-Marne lui consacrent.

« Moi qu’ écris des chansons pour occuper mes heures

Je voudrais en faire une qu’on n'oublierait jamais

Afin que parmi vous un peu de moi demeure

Comme une fleur vivace aux marches du palais. »

Rassure-toi Bernard, aucune n’a été oubliée et une foule d’artistes francophones viendra, tout près de chez toi, les chanter, ce dix mai.

Serge Weidmann

Pour toutes informations concernant le Festival Bernard Dimey, qui a lieu du 5 au 10 mai à Nogent , Langres, Bourbonne-les-Bains et Chaumont (52) contactez :

L’association Bernard Dimey à Nogent, au : 03 25 31 63 89 en semaine

Le : 03 25 31 71 24 le samedi

Mèl : abdimey@wanadoo.fr