Cet article est paru dans le site Le libéral écolo (leliberalecolo.blogspot.com) de Guillaume Vuillemey dont les préoccupations rejoignent les miennes. Il peut être considéré comme une suite à l’article Biens privés, biens protégés qui figure sur mon site (voir dans la catégorie Ecologie libérale).

p_cheCertains raisonnements écologistes peuvent paraître hautement paradoxaux. Prenons l'exemple de l' épuisement des stocks de poisson en mer (dans les étangs privés, il n' y a aucun problème). Celui-ci est fort souvent imputé indifféremment à la "mondialisation ultralibérale", au "capitalisme débridé" ou au "contexte général de surproduction". Mais alors, si ces accusations étaient justifiées, comment expliquer que les vaches ne se soient pas déjà éteintes, puisque l' humanité en consomme quotidiennement. Comment expliquer aussi que le blé n' ait pas encore disparu alors qu'il contribue à fabriquer la farine de centaines de millions d'humains ?

Les sophismes écologistes et altermondialistes ne doivent donc évidemment pas être pris au sérieux, si l' on remarque qu'ils ne prennent en compte que ce que l' on voit. Mais on ne peut omettre ce qu'on ne voit pas (comme l' expliquait avec une grande maestria Frédéric Bastiat au XIXème siècle pour l' économie). En effet : on tue un animal, c'est ce qu'on voit ; on aura auparavant tout fait pour préserver ses petits ou sa ponte, c'est ce que l' on ne voit pas.

Ainsi, la réponse à notre problème ne réside pas dans des réglementations ou des restrictions d' accès à la ressource (en l' occurence le poisson), mais dans son régime de propriété. Les vaches ou le blé sont des propriétés privées, tandis que les poissons en mer sont des propriétés publiques jusqu' à leur capture. Ces derniers font donc logiquement l' objet d' une pêche intensive : en effet, tout exploitant ne supporte que les coûts privés (essence du bateau, entretien du filet, main d' oeuvre,...) et non les coûts sociaux que constitue la raréfaction de la ressource. Il est donc de l' intérêt de chacun de surexploiter la mer, quitte à jeter les poissons par la suite. Nous sommes aux antipodes du capitalisme; nous baignons encore une fois dans un domaine où l' Etat fait preuve d' irresponsabilité sous couvert de gestion à long terme.

Une solution authentiquement libérale consisterait à introduire des droits de propriété clairement définis sur l' ensemble des ressources halieutiques (c'est à dire de la pêche). Les exploitants et les pêcheurs seraient ainsi responsabilisés et toute surpêche se traduirait par une perte pour la pêcherie qui n' aurait pas intérêt à les multiplier. La méthode la plus simple pour établir des droits de propriété est certainement la mise en place de quotas individuels transférables (QIT),

c'est à dire l' instauration de droits à pêcher un certain nombre de poissons. Le nombre de QIT émis sera déterminé par l'organisme le plus capable (une commission d' experts problablement) et entériné par l' Etat. Ces quotas doivent aussi être transférables pour permettre à chacun l' accès au marché. On aura ainsi la création d' un contexte concurrentiel ou chacun sera incité à baisser le coût de la pêche pour son quota (ce qui se traduit notamment par une utilisation moins intensive des chalutiers).

La politique européenne de la pêche mise en place en 1983 est un cuisant échec. En revanche, quelques exemples montrent la viabilité et l' efficacité des solutions libérales. C'est le cas de l'Islande où les stocks de poisson se reconstituent progressivement depuis l' instauration des quotas. De très nombreuses espèces - le hareng, la morue et l' espadon par exemple - sont menacées à court terme si l' on rechigne à appliquer les solutions libérales.